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Sciarroni raconte par Nicolas Villodre

Le Centquatre a présenté salle quatre-cents le spectacle d’Alessandro Sciarroni intitulé en italien moderne UNTITLED, dans le cadre du Festival d’Automne, comme indiqué sur la bannière postée à l’entrée du sous-sol.

Les carrés composant le cube à trois faces du théâtre « à l’italienne » ont définitivement remplacé l’espace en forme de disque du cirque originel, inventé, lui aussi, au centre de la Botte. La salle est assez haute de plafond pour accueillir, sans risque de casse de projos, un show de jonglerie traditionnel, ou presque. Le metteur en scène a choisi, cette fois-ci, de s’en prendre à cette « pratique », redécouverte par lui un soir au cabaret. D’un numéro de cinq minutes maxi, il fabrique une pièce à suspense dix fois plus étirée – et, le fait est qu’elle pourrait l’être encore davantage – qui fascine grands et petits, nous pouvons l’attester, un groupe de scolaires, d’ordinaire agités, étant resté bouche bée, sans bouger ni pieds ni pattes, du début à la fin de cette représentation.

La musique accompagnant en direct l’opus n’est pas dérangeante. Un piano du pauvre – un clavier de mini-synthétiseur –, une boîte à boucles et un tourne-disques suffisent à remplacer la fanfare d’antan. Après un silence de cathédrale, les quatre artistes bornant les coins d’une arène symbolique tout aussi immaculée lancent et attrapent une massue. Cette simple action, bissée ad libitum, indique que nous ne sommes pas dans un acte purement virtuose mais, au contraire, dans, littéralement, une possible répétition de celui-ci. Au début, la réception des massues, amplifiée par les deux micros directionnels de la sono, brise l’accalmie, rythme le geste, rompt la monotonie et compose l’essentiel de la B.O., avant que le musicien (Pablo Esbert Lilienfeld), sans doute inspiré par Erik Satie et Keith Jarrett, n’entre à son tour dans le jeu. Lorenzo Crivellari, Edoardo Demontis, Victor Garmendia Torija et Pietro Bonino sont, quant à eux, ce soir, les rois de la jongle.

Ce sont des pros de la profession, pas nécessairement des virtuoses, quoique..., qui ne cherchent pas à cacher les ratés, les faiblesses, les moments de déconcentration d’une activité qui ne pardonne rien. D’une clava, ils passent à deux, puis à trois, à quatre et même à cinq pour le plus audacieux de ces Rastelli. Les difficultés vont croissant, comme dans une présentation circassienne normale. Toute une série de figures sont proposées, qui misent sur leur imprévisibilité pour le spectateur lambda, à base de paraboles et de trajectoires brisées des engins, de multiples révolutions au-dessus de la tête des artistes ainsi que sur la vitesse d’exécution des tours de passe-passe d’un art cinétique s’il en est. De la répétition routinière, on passe au numéro abouti, en multipliant les agrès et en les échangeant d’une sphère privée à l’autre, de manière spectaculaire, ce, jusqu’au bouquet final.

Nicolas Villodre - villodre@noos.fr

Photo 1 © Fabio Leone / Photo 2 © Nicolas Villodre

www.alessandrosciarroni.it

Ce spectacle est à découvrir les 2 & 3 décembre 2014 à 20h30 au Pavillon Noir à Aix-en-Provence dans le cadre du festival dansem#17 :



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