sponsors & partenaires
http://revalisables.blogspot.fr

  
Mot de passe perdu
S'inscrire
   sponsors & partenaires
http://www.ladanse.eu/?p=3618

Dans l'annuaire...

Danseur, pédagogue et chorégraphe à travers la compagnie Spiral ’O Vent. Après une formation de musicien et compositeur, il se forme à la danse dans l...

Danseur interprète depuis le début des années 80, il participe notamment aux propositions de Daniel Larrieu, Michel Kelemenis ou Stéphanie Aubin... (...

Le coffret HARADA Nobuo Generative Butô Dance / Live in Bordeaux, est sorti. C’est un coffret collector de l’unique représentation en France en 2017 d...

Break Theater est une association de danse basée sur VIF(38) qui propose des ateliers d'initiation et de perfectionnement pour enfants, adolescents et...

Danse Magazine - European Dance News est le magazine de toutes les danses. Chaque mois, les comptes-rendus de spectacles, les interviews de danseur...

Apprenez et perfectionner vous dans un large choix de danse ! Intégrer un réseau social avec des actualités de danseurs du monde entier. Gratui...



la danse.com


Pause et précipité par Nicolas Villodre

Pause et précipité : c’est ainsi qu’à Garnier on désigne, d’une part, l’entracte autorisant la sortie vers le bar, de l’autre, l’intervalle nécessaire au changement de décor. Le programme de la soirée de ce printemps tardif 2017, Merce Cunningham, William Forsythe, indique aussi, parmi les repères chronologiques du ballet Walkaround Time (1968), dédié par Cunningham à Marcel Duchamp, l’Entr’acte cinématographique de René Clair qui était intégré à celui de Francis Picabia et des Ballets Suédois, Relâche où figure l’inventeur du ready made en train de jouer aux échecs avec Man Ray (orthographié avec un trait d’union dans certaines copies du film), sur le toit du Théâtre des Champs-Elysées.

Walkaround Time relève encore de Dada, la première manière par laquelle Cunningham s’émancipa du “ballet” en général et de la modern dance grahamienne en particulier, soutenu dans son entreprise par John Cage. Y point déjà la singularité d’un vocabulaire démultipliant les positions du danseur, tordant le cou aux habitudes et le torse en tous sens, comptant sur ses propres forces plutôt que sur la musique, produisant d’inédites trajectoires, tendant vers l’abstraction. Cet impensé chorégraphique cohabite ici avec la musique minimaliste, voire bruitiste, de David Behrman (... for nearly an hour...). Le public de l’Opéra de Paris, de plus en plus cultivé, dirait-on maintenant acquis à la cause contemporaine, a été attentif au déroulé de ces gestes à l’extrême stylisés, fort élégamment exécutés par des interprètes triés sur le volet : Julien Cozette, Lucie Fenwick, Grégory Gaillard, Laurence Laffon, Simon Le Borgne, Sophie Mayoux, Julien Meyzindi, Sophia Parcen et Ninon Raux. L’audience a, qui plus est, patienté ce qu’il faut durant le temps mort inséré en plein milieu d’un assez long opus, laps de temps valorisant le décor plus que les danseurs mimant la pause syndicale. Ponctuellemnt éclairées par la lumière plongeante, sept structures gonflables semblables à des penderies en matière plastique souple font office de scénographie. Il s’agit d’une copie de... la copie réalisée par Jasper Johns à partir de La Mariée mise à nu par ses célibataires, même, c.à.d. du Grand Verre de Duchamp, œuvre inachevée, et en partie brisée, recouverte de ce que Man Ray appela en 1920 un “Elevage de poussière”.

Cage avait cligné de l’œil à son ami Marcel en lui dédiant Chess Pieces (1943) puis Music for Marcel Duchamp (1947), destiné à la bande-son du film de Hans Richter Dreams that Money Can Buy (1947). Il prit l’habitude de jouer aux échecs avec lui et n’hésitait pas, après la mort du peintre, lorsqu’il venait en France, de rendre visite à sa veuve Teeny pour reprendre avec elle une partie laissée en cours, ainsi que nous l’a attesté Denise Luccioni. D’après Cunningham, le titre de son ballet vient de l'informatique : “après avoir entré des données dans un ordinateur, vous devez attendre qu'il les digère. On peut se demander si, à ce moment, c'est l'ordinateur ou son utilisateur qui “tourne en rond””. La musique de David Behrman au titre prescriptif indique la durée initialement prévue de la pièce. Celle-ci, également divisée en sept parties, de sept minutes chacune, se réfère à l’œuvre de Duchamp, À regarder (de l'autre côté du verre) d'un seul œil, de près, pendant presque une heure (1918). À part un striptease suggéré, on ne trouve aucune autre allusion sexuelle dans Walkaround Time. Selon Cunningham, les références prennent la forme de mouvements et non d’”idées de mouvements”. Ceux-ci sont “simples, très lents”, Duchamp dégageant toujours “une impression de grand calme, comme s'il n'était pas atteint par le défilement du temps”.

Trio (1996) de William Forsythe, sur le Quatuor n° 15 en la mineur de Beethoven, rompt totalement avec la danse académique et propose une suite de mouvements surprenants basés sur des gestes a priori insignifiants et s’appliquant à des parties du corps jusque-là inexploitées par le ballet, quelle qu’en soit la tradition. Les excellents Éléonore Guérineau, Maxime Thomas et Hugo Vigliotti, accoutrés sportswear dans des cotonnades aux couleurs vives confectionnées par Stephen Galloway, aussi discrètes que les pantalons d’un Johnny Clegg, font face au public, à l’avant-scène, la salle encore à demi-éclairée pour nous détailler quelque portion de chair. Remontant la scène dans une profondeur les rendant lilliputiens, se replacent au centre, une fois la lumière éteinte pour nous délivrer un pas de trois d’une grande originalité. La musique est diffusée par bribes, comme est hachée la danse. Cette brève fantaisie de Forsythe fait un peu penser au Deli Commedia (1984) de Cunningham. Les deux chorégraphes démontrent leur goût pour le burlesque, l’un en se référant clairement à la commedia dell’arte et au cinéma muet, l’autre en imaginant de nouveaux pas de danse et en s’ouvrant à une esthétique différente.

Avec Herman Schmerman (1992) de Forsythe, on revient au bon vieux temps du ballet post-romantique sur pointes avec, somme toute, les limites fixées pour l’éternité par George Balanchine. Rien d’étonnant, par conséquent, que l’Opéra ait programmé cette pièce d’une vingtaine de minutes pour clore la soirée sans avoir à convertir ses abonnés les plus traditionnalistes à la modernité en art. L’enjeu étant pour ces derniers, et pour les conformistes invétérés, y compris ceux du milieu restreint de la critique de danse, de crééer à l’intérieur de contraintes imposées il y a de cela près de deux siècles. Dans le cas qui nous occupe, le chorégraphe innove surtout en multipliant difficultés techniques, changements d’axes et de directions, obstacles à la fluidité corporelle, vitesse d’exécution. À cet égard, les danseurs ont bien du mérite. Les premiers, Hannah O'Neill, Lydie Vareilhes, Roxane Stojanov, Sébastien Bertaud et Pablo Legasa, strictement vêtus de noir, les femmes en maillot une pièce, les hommes en collants et débardeur (le tout coquinement lacé dans le dos) font des prouesses sur un semblant de tango électro siglé Thom Willems. Les deuxièmes, Aurélia Bellet et Aurélien Houette, l’une en résille voilant et dévoilant ses appas, l’autre revêtant en cours de route, comme sa partenaire, une seyante jupette plissée, couleur jaune citron, estampillée Versace nouent et dénouent un pas de deux écrit pour des virtuoses.

Inutile de préciser que les rappels n’ont pas manqué.

Nicolas Villodre villodre@noos.fr

Les citations sont extraites du livre de David Vaughan, Merce Cunningham, un demi-siècle de danse, 1997, traduit de l’anglais par Denise Luccioni.

Photo 1 & 2 © Nicolas Villodre D.R. / Photo 3 Walkaround Time - Merce Cunningham - Ballet de l'Opéra de Paris

www.operadeparis.fr



RECHERCHER

sponsors & partenaires
http://www.facebook.com/ladansepointcom/

Sommaire par rubrique



les derniers articles

Voir tous les articles