Spécial Joséphine Baker
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  • Photos © Site officiel de Joséphine Baker

    Joséphine monte à Paris


    Exposition Joséphine Baker - Music Hall & paillettes / Jusqu’au 28 février 2001 à l’Espace Drouot Montaigne
    Théâtre des Champs Elysées
    15, avenue Montaigne / 75008 Paris / tél : 01 48 00 20 80 / M° Alma Marceau

    par Katya M., Août 2000

    En 1925, Joséphine Baker débarque à Paris avec la Revue Nègre au Théâtre des Champs Elysées. Son irrésistible strabisme, son charleston endiablé et, un an plus tard, son illustre ceinture de bananes, font fureur. Sa vie la mènera jusqu’en 1975 à Bobino où, à 69 ans, elle irradie encore la foule en délire. Pour les 75 ans de la Revue Nègre et les 25 ans de sa disparition, Monsieur et Madame Chedal, propriétaires depuis 1994 du Château des Milandes, ancienne demeure périgourdine de Joséphine Baker (Cf. "Le Troisième amour de Joséphine Baker"), présentent une nouvelle exposition dans le lieu même où fut créé le mythique spectacle.

    Ainsi, jusqu’au 28 février 2001, une visite au Théâtre des Champs-Elysées constitue un délicieux pèlerinage. L’espace Drouot Montaigne est transformé en une véritable caverne d’Ali Baba : photographies, dessins, peintures, affiches, lithographies, gravures, lettres, autographes, partitions, ouvrages, disques, films, mais aussi costumes de scène, robes de soirée, bijoux et effets personnels ponctuent le parcours intrigant d’un destin exceptionnel.

    Dès 1926, outre des poupées dessinées à son effigie, la vedette commercialise sa propre gamme de produits cosmétiques : l’huile solaire la " Baker-oil " ; le " Bakerfix ", une gomina en poudre " qui remplace les lotions, sans adjonction d’eau ", également disponible en pot et en tube ; et enfin le " Bakerskin " qui remplace le bas de soie. La mode " Joséphine " est lancée et, pas moins d’un an après son arrivée en France, un cabaret parisien s’ouvre à son nom rue Fontaine.

    En 1927, les premiers mémoires de l’artiste, écrits par Marcel Sauvage et illustrés par Paul Colin, sont publiés alors que " la créatrice du charleston et l’idole des foules " triomphe, à 21 ans, dans la nouvelle revue des Folies Bergères. Miss Baker entre dans la légende.

    A partir de 1930, la chanteuse vante les mérites de diverses marques publicitaires : " J’ai deux amours… Mon auto cuiseur et mon perco thermos " ; " Joséphine Baker est enregistrée chez Columbia et écoute ses disques sur le radio-gramophone Columbia " ; " C’est à la lotion Garnier que je dois la santé de mes cheveux ". Son visage illustre même un camembert baptisé " Charleston " ! (cf. La véritable Joséphine Baker, Emmanuel Bonini, Paris : Gérard Watelet, 2000, 368 p., 119 FF)

    Connue et acclamée dans le monde entier, le public parisien demeure fidèle à l’artiste qu’il a découverte au Théâtre des Champs Elysées et consacrée aux Folies Bergères. Melle Baker le lui rend bien avec un tube créé en 1931 au Casino de Paris pour le spectacle " Paris qui remue " : " J’ai deux amours, mon pays et Paris ". En 1934, elle joue, danse et chante La Créole d’Offenbach au Théâtre Marigny et tourne " Zouzou " avec Jean Gabin. Pendant la seconde guerre mondiale, elle illustre un comportement exemplaire à travers son engagement dans la Résistance. En 1956, elle présente ses premiers adieux sur la scène de l’Olympia… où elle revient en 1959 puis en 1968. Elle décède en 1975 lors de son grand retour à Bobino après 17 représentations triomphantes.

    Une petite salle sur la mezzanine permet de se recueillir. Son obscurité contraste avec le clinquant et les lumières du reste de l’exposition. Ambiance tamisée… Les visiteurs montent l’escalier un par un et découvrent dans la galerie des photos nues de Joséphine, des clichés inédits signés Lipnitzki, prises en 1926 dans l’atelier de Paul Colin.

    Enfin, la petite Joséphine élevée dans un ghetto noir de Saint-Louis est devenue déléguée de la Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme et maman adoptive universelle d’une tribu arc-en-ciel de douze enfants d’origines différentes. De plus, elle participa, le 28 août 1963, à la marche de protestation contre la discrimination raciale et pour la reconnaissance de l’égalité des droits civiques parmi les 200 000 personnes qui entourèrent Martin Luther King ce jour-là. Au-delà du divertissement et des strass, Joséphine Baker, militante et engagée, a véhiculé un message d’espoir d’entente entre les peuples et a livré, tout au long de sa vie et de sa carrière, une farouche bataille contre le racisme. L’exposition se clôt sur l’hommage de plusieurs mannequins, dont Naomi Campbell et Linda Evangelista, grimées pour l’occasion à l’image de Joséphine Baker et photographiées par Peter Lindbergh. Non seulement, la renommée de la reine du charleston est internationale, mais en plus elle demeure intacte avec le temps.

    Katya M., Août 2000

    Photos © Site officiel de Joséphine Baker


    Le troisième amour de Joséphine Baker

    Exposition Joséphine Baker / Femme du monde
    Ouvert de mi-mars à fin octobre au Château des Milandes
    Ancienne demeure de Joséphine Baker de 1937 à 1969
    www.milandes.com
    tél : 05 53 59 31 21 / Fax. 05 53 29 17 33
    24250 Castelnaud-la-Chapelle / Dordogne - Périgord

    par Katya M., Février 2001

    En 1937, Joséphine Baker tomba sous le charme du Périgord et s’éprit d’un splendide château, désormais connu dans le monde entier pour avoir été l’une des demeures de la grande star du music-hall. D’après les plaquettes touristiques du coin, " le Château des Mirandes [définitivement rebaptisé ‘‘Milandes’’ par l’accent américain de la star], entrepris en 1489 par François de Caumont et terminé au XIXe siècle, est considéré aujourd'hui comme une merveille d'architecture néo-gothique : somptueux vitraux, cheminées monumentales, meubles d'époque, armoiries, marqueteries et parquets magnifiques ". Joséphine Baker échafauda toutes sortes de travaux afin de rénover ce château médiéval à l’ancienne tout en y ajoutant les commodités du XXe siècle : salle de bain, électricité, cuisines, piscine (en forme de " J " …), tennis, terrains de volley...

    La chanteuse souhaitait ainsi bâtir une ferme moderne. Attendrie par les animaux, elle vivait entourée d’une impressionnante ménagerie : poissons, souris, singes, chiens et chats, oiseaux, cochons et autres volailles. Aux Milandes, ils circulent en toute liberté. D’ailleurs, dans l’étable chaque vache a son nom inscrit au néon bleu au-dessus de sa stalle.

    Pour financer cette entreprise colossale, Joséphine bâtit un véritable parc de loisir autour de sa propriété avec hôtels 4 étoiles, huttes africaines, bars, restaurant, guinguette, cabaret, boîtes de nuit et attractions diverses. Détail pittoresque : les jardiniers portaient l’uniforme des marines américains. Perfectionniste, elle ouvrit également une boulangerie exotique, une station essence et un héliport. En outre, elle rêvait d’un casino, mais n’obtint jamais les autorisations nécessaires, la région craignant pour sa jeunesse. En attendant, elle désirait commander des canons à neige pour l’hiver…

    Enfin, elle s’offrit un petit musée Grévin : le " Jorama ". Des statues de cire grandeur nature à son effigie retracent ses débuts, depuis son enfance à Saint-Louis jusqu’à sa bénédiction pontificale par sa Sainteté Pie XII, le tout en quatorze saynètes tel un chemin de croix. En dehors d’une mégalomanie exacerbée, cette exposition permet de découvrir certains épisodes méconnus qui marquèrent la vie palpitante de l’artiste. En effet, Miss Baker ne fut pas simplement une ceinture de bananes dansant le charleston, mais également une héroïne de la Seconde Guerre Mondiale. Le château des Milandes devint à ce titre un témoin privilégié de la Résistance française. En plus d’abriter des soldats et émetteurs alliés, la châtelaine a traversé plusieurs fois l’Espagne le corsage gonflé de documents ultra secrets et risqué sa vie avec les plans allemands épinglés sous ses jupons. Nommée Sous-lieutenant dans les Forces aériennes françaises, elle fit honneur à son tube internationalement fredonné depuis : " J’ai deux amours… ", et servit la France en chantant sur le front pour soutenir les soldats. Participant activement à la Résistance, elle accompagna les troupes basées en Afrique du Nord. La lettre du Général de Gaulle la remerciant demeure célèbre (cf. la préface de La Guerre secrète de Joséphine Baker, par le commandant Jacques ABTEY, Paris : Editions Siboney, 1948).

    D’origine américaine, Joséphine Baker née MacDonald, adopta la France. Bien qu’adulée dans le monde entier, bien que décorée de la Légion d’Honneur, de la Croix de Guerre, des médailles de la Résistance et de la France Libre, certains hôtels américains la refusèrent pourtant parce qu’elle était noire. Dans sa lutte pour l’égalité des droits, l’univers des Milandes fut baptisé le " Village du monde ". D’une part, il accueillait des touristes, personnalités et hommes politiques de tout pays, d’autre part, sa propriétaire se proclama " maman universelle " en adoptant, au détour de ses multiples voyages, douze enfants de nationalités diverses. Sa famille " arc-en-ciel " devint alors la principale attraction du château avec, entre autre, Akio le Japonais, Koffi le Sénégalais - actuellement restaurateur dans un grand restaurant à Buenos Aires -, Moïse l’Israélien, Mara l’indien du Pérou, Brahim le musulman, Marianne la catholique, Jarry le Scandinave.

    Joséphine Baker publia elle-même un conte intitulé La Tribu arc-en-ciel. Sur la couverture, une poule noire et borgne regarde huit enfants perchés sur un arbre. C’est l’histoire de Kott-Kott la poule qui a perdu son œil et qui parcourt le monde pour le retrouver. Son périple s’achève quand elle découvre un havre de paix où plus personne ne se moque d’elle. Sur la page de garde, on peut lire : " ouvrage rédigé aux Milandes où Kott-Kott a trouvé le bonheur ".

    Cependant, la gestion de la maisonnée conduisit inévitablement Mlle Joséphine Baker, malgré son grand cœur, sa renommée et ses galons, à la faillite… Au coût des festivités du château s’ajoutaient le rythme de vie fastueux de la vedette (voyages, hôtels, toilettes, costumes, cadeaux…) et les salaires des domestiques et des douze précepteurs (chaque enfant recevant l’éducation de son pays d’origine !). Malgré ses idéaux, les Milandes n’étaient pas un paradis fiscal…

    Le château fut d’ailleurs la scène d’un vaudeville quasiment incessant : les domestiques défilaient à une vitesse phénoménale, les frasques du frère de Joséphine firent la une des gazettes locales et les esclandres conjugaux du couple " Jo " Baker-Jo Bouillon, se traitant de pédérastes sur la place du marché, animèrent les conversations de cafés. Sans parler des poursuites au revolver d’épouses jalouses, des évasions d’animaux enragés et des lubies de la danseuse qui offrit à la Chapelle de sa commune une statue de la Vierge Marie à son image…

    Les Milandes furent saisis par ses créanciers et mis aux enchères malgré ses multiples tentatives de sauvetage : les conseils d’une chaîne hôtelière danoise, l’appel télévisé de Brigitte Bardot en 1963, l’intervention du Roi Hassan II, les propositions du Club Méditerranée et d’Europe 1, le disque SOS Les Milandes produit par Bruno Coquatrix. Rien n’y fit. Et la photo de Joséphine Baker mise à la porte des Milandes en robe de chambre et bonnet de nuit, assise, dehors et sous la pluie, sur les marches du palier, un petit chat sur ses genoux, est aussi célèbre que sa ceinture de bananes. Joséphine Baker quitta son château en 1969. Ruinée, elle fut aidée par ses amis et remonta régulièrement sur les planches. Grace Kelly l’hébergea à Monaco où elle fut inhumée en 1975.

    Néanmoins, les touristes affluent des quatre coins de la planète pour s’aventurer dans la jungle des chemins de traverse périgourdins et visiter le mythique château des Milandes. Durant les plus belles années de succès de la chanteuse, il y vint d’ailleurs plus de monde qu’aux grottes de Lascaux ! Le château possède désormais un site internet : www.milandes.com.

    Katya M., Février 2001

    Photos © Site officiel de Joséphine Baker

    Sites Internet :

    Le site américain " officiel " de Joséphine Baker,
    www.cmgww.com/stars/baker/


    Le Château des Milandes,
    www.milandes.com

    Articles et photos

    www.cyberscriptus.org
    (article 1)
    Pour commander le livre Chez Joséphine Baker au Château des Milandes de Katya Montaignac

    www.cyberscriptus.org (article 2)


    Portrait et photos
    grioo.com/info78.html par grioo.com (l'info prend forme)


    La bibliographie concernant Joséphine Baker est dense. Les biographies à son sujet sont aussi diverses que variées, notamment les cinq autobiographies rédigées au cours de sa vie tumultueuse :
  • Les mémoires de Joséphine Baker, Marcel SAUVAGE, Paris : Editions KRA, 1927.
  • Voyages et aventures de Joséphine Baker, Marcel SAUVAGE, Paris : Sheur, 1931.
  • Joséphine Baker vue par la presse française, Pépito ABATINO, Paris : Les Editions Isis, 1931.
  • Une vie de toutes les couleurs, André RIVOLLET, Grenoble : B. Arthaud Editeur, 1935.
  • La Guerre secrète de Joséphine Baker, Jacques ABTEY, Paris : Editions Siboney, 1948.
  • Les mémoires de Joséphine Baker, recueillis et adaptés par Marcel SAUVAGE, Paris : Correa, 1949.
  • Joséphine, Joséphine BAKER et Jo BOUILLON, Paris : Laffont, 1976.
  • Josephine Baker, Leo GUILD, Los Angeles : Holloway House, 1976.
  • Remembering Josephine : A Biography of Josephine Baker, Stephen PAPICH, New York : Bobbs-Merrill, 1976.
  • Joséphine, Dieter KUHN, Francfort : Suhrkamp Verlag, 1976.
  • Naked at the Feast : A Biography of Josephine Baker, Lynn HANEY, New York : Dodd Mead, 1981.
  • Josephine Baker, Bryan HAMMOND, Londres : Jonathan Cape, 1988.
  • Jazz Cleopatra : Josephine Baker in Her Times, Rose PHYLLIS, New York : Doubleday, 1989.
  • Jazzens Tegn, Randi HULTIN, Oslo : H. Aschehoug & Co, 1991.
  • Joséphine Baker et le village des enfants du monde en Périgord, Jean-Claude BONNAL, Le Bugue : PL Editeur, 1992.
  • Joséphine. Une vie mise à nu, Jean-Claude BAKER & Chris CHASE, Paris : A Contrario, 1995.
  • La véritable Joséphine Baker, Emmanuel Bonini, Paris : Gérard Watelet, 2000, 368 p., 119 FF.
    Et aussi deux fictions :
  • Mon sang dans tes veines : roman d’après une idée de Joséphine Baker, Pépito ABATINO et La Camara, Paris : Les Editions Isis, 1931.
  • La tribu arc-en-ciel, Piet WORM, texte de Joséphine Baker avec la collaboration de Jo Bouillon, Amsterdam : Editions Mulder & Zoon, 1957.

  • Texte édité avec le site

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